Les cigales sont des fourmis !

cigale 2Aussi célèbre pour son « Off » que pour son « In », avec plus de 1 000 spectacles, le festival d’Avignon, au pays des cigales, est une immense fête du théâtre. Durant trois semaines, la cité des papes lui ouvre toutes ses portes, cours, jardins, cloîtres et églises, et bien sûr son célèbre Palais.

Mais pour les artistes du Off, Avignon, c’est le parcours du combattant. Face à l’ampleur de la programmation, les spectateurs sont parfois perdus. Le bouche à oreille fait donc son œuvre, et il faut parvenir à se démarquer. Certaines salles très sélectives (dont la Manufacture dans laquelle se jouera « A l’approche du point B » à découvrir ici) sont par ailleurs réputées pour la qualité de leurs choix, et très fréquentées notamment par les professionnels.  Mais même dans ces salles, les compagnies sélectionnées doivent presque toujours payer une avance sur recettes dont le montant est élevé (de 8 000 à 15 000 euros en moyenne). Lorsqu’on y ajoute les frais d’hébergementet les dépenses de communication, la facture est rarement couverte par les tickets d’entrées. Mais alors, nous direz-vous, pourquoi y aller ? Il faut être fou ! Les artistes sont des cigales, c’est bien connu ! Jouer tout l’été c’est bien beau, mais quand l’hiver est venu…

Bien loin des clichés, ces compagnies accomplissent en réalité un travail de fourmi, dont le festival n’est qu’une étape.

Faire vivre une création, c’est un peu comme créer une entreprise : il faut investir, et travailler dur. Avignon est LE lieu où les professionnels viennent faire leur « marché ». Y participer, c’est se donner une chance de « vendre » son spectacle aux directeurs de salles.

Il faut donc  s’en donner les moyens : le travail a commencé deux ans auparavant : périodes d’écriture,  de conception, et de répétitions,  recherche de partenariats et de financements, première série de représentations, travail de communication auprès du public et des professionnels constituent déjà une première et cruciale étape.

À Avignon, il faut exceller aussi bien sur scène que dans le travail de diffusion, qui mobilise les troupes chaque jour en dehors des représentations .

Au retour du festival, il faut encore   exploiter les contacts noués.

C’est le parcours de bien des spectacles, que vous retrouverez ensuite à l’affiche des théâtres et centres culturels de France et de Navarre.

Vous voyez, nos porteurs de projets ont bien plus en commun avec la fourmi qu’avec la cigale.. Et il est fort possible qu’au mois d’août, ils ne profitent de l’accalmie pour imaginer leur prochaine création, et assembler dans la douceur estivale les brindilles d’un prochain château de paille…

Anne Marchionini